En Souvenir De
Roger LeBlanc
1954 - 2023

1954-2023 et au-delà jusqu’à l’infini

Roger, le garçon à feu Louis LeBlanc et feu Juliette Ostiguy de Campbellton.

Roger, le conjoint de la poète Dyane Léger.

Roger, le père d’Emmanuel Manu Manuel.

Roger, l’amoureux des oiseaux et de Dame Nature.

Roger, le fidèle compagnon de notre défunte Laylà, l’autre ‘bitch’ de la famille.

Roger, une pièce de théâtre en plusieurs actes…

Premier acte : Roger, l’homme de théâtre. Après le secondaire, Roger est descendu de Campbellton à Moncton où, il s’accomplira comme âme humaine.

Diplômé de la première cuvée du Département d’art dramatique de l’Université de Moncton (1977-1978), Roger a vite réalisé que les jobs en théâtre ne rentraient pas avec le Mascaret à Moncton. Il a alors pris le taureau par les cornes et jeté les premiers jalons de l’Escaouette.

« Au printemps 1978, le nouveau groupe de théâtre présente Ti-Jean, une adaptation du conte traditionnel par Laval Goupil, dans les écoles secondaires du NB., et ainsi forme la première compagnie professionnelle de théâtre entièrement consacrée à la création de pièces acadiennes et s’orientant vers le théâtre pour l’enfance et la jeunesse. Réuni sous le nom évocateur de théâtre L’Escaouette, ce petit groupe est composé de Marcia Babineau, Philippe Beaulieau, Gracia Couturier, Bernard LeBlanc et Roger LeBlanc. Pour préserver l’esprit collectif, le groupe opte pour une coopérative. »  écrira David Lonergan. De la bonne graine car, en 2023, L’Escaouetteentame sa 46e saison de production.

À l ‘époque, il existait une troupe amateure sous la direction de Laurie Henri, mais Roger voulait commencer au commencement du commencement, c’est-à-dire par la jeunesse.

Marcia nous dira : « Il avait compris que la dramaturgie est l’élément qui fonde toute identité théâtrale, c’est-à-dire que le théâtre acadien allait exister pourvu qu’il ait une originalité qui puisse l’incarner dans une parole en provenance d’ici et de la collectivité qui l’habite ».

Roger, le petit gars qui voyait grand, l’a porté dans son cœur cette Escaouette ; il en est devenu le premier directeur artistique (1977-1985), ainsi que dramaturge, metteur en scène, comédien et concierge – tout ce que ça prenait pour aller de l’avant. Sous sa direction, des milliers de jeunes, d’ici et d’ailleurs, ont pu comprendre que le théâtre n’est pas une affaire de grande ville et que ce métier peut être pratiqué en Acadie.

Je pense au :

  • Pêcheur ensorcelé
  • Mine de Rien, L’étoile de Mine de Rien
  • Atarelle et les Pacmaniens
  • Histoire en histoire
  • Les apprentis-sorciers.

Plus tard, sous sa direction, l’Escaouette prendra un virage grand public avec

  • L’amour fou 
  • Cogne Fou
  • Y’a pas que des maringouins dans les campings, (pièces estivales jouées au Club Wikiwak, à Shédiac) 
  • Renaissance au pluriel, (pièce créée, montée et jouée dans l’église Notre-Dame-de-Mont-Carmel, pour commémorer la naissance du drapeau acadien à Miscouche, I.P.É 1884), restera marquée dans ma mémoire à jamais. J’ose ajouter que Roger était enchanté de Laurie ou la vie de galerie où, figurait celui qu’il appelait une « bête de scène », son ami Bernard LeBlanc. Même si Roger est passé à « autre chose », il restera fidèle à l’Escaouette  pendant des années en assumant le rôle de président et en siégeant au Conseil d’administration de 2004 à 2013.

Devise de Roger : « Faut que ça passe, ou que ça casse ».

Marcia Babineau, Théâtre L’Escoauette : « Le Théâtre l’Escaouette est désormais un lieu où l’empreinte de Roger LeBlanc se trouve partout tracée. Avec son décès, c’est un chapitre majeur de la culture acadienne qui disparaît. Toutefois, grâce aux traces qu’il a laissées, ce chapitre est désormais gravé à jamais dans le disque dur de la mémoire collective acadienne. »

Deuxième acte : Roger, le scénariste-réalisateur. En 1985, à notre retour en Acadie après un séjour d’un an à Paris, Roger a senti le besoin de partager sa vision du monde par le biais de la télévision.  Débute alors une merveilleuse aventure en images.

Roger, le scénariste-réalisateur, allait parcourir le monde à la recherche de beauté et de vérité. Il allait céder la scène aux autres, et mettre en valeur Dame Nature et ses enfants. Par contre, il fallait être armé d’une dose de courage et de quelques brins de folie pour le suivre dans ses aventures à la Fitzcarraldo. Damn the torpedoes, full speed ahead !

Accompagné d’un monteur de son et d’un caméraman, Roger a réalisé des tournages au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en Roumanie, en Europe et dans les Caraïbes.

De ces anecdotes racontées, il y a la fois où…

  • dans le bayou de l’Atchafalaya, un serpent a voulu s’inviter à danser le two-step dans la pyrogue 
  • en Jamaïque, il est ravi d’apprendre que les sardines ‘Brunswick’ font partie des repas des familles
  • à Trinidad, l’équipe a  dû escorter les bébés tortues luth (leatherback turtles) à la grand’mer avec des lampes de poche parce que les tortues prenaient les ‘spots du tournage’ pour la lune 
  • à Los Angeles, grâce au magicien Alain Choquette, ils seront « invités » au Magic Castle, lieu de la confrérie des magiciens
  • En Roumanie, la rumeur veut qu’ils aient frayé avec Vlad Tepes.

Les aventures urbaines intéressaient moins Roger. Ce qu’il aimait c’était de se retrouver sur les flancs du Mont-Carleton ou de Sagamook, traquant l’aigle royal avec un biologiste qui allait installer un émetteur (tracker) sur l’aigle afin de mieux connaître ses déplacements migratoires. Un de ces aigles porte le nom de Manu.

Ça l’excitait d’être sur le sommet de Gros-Morne, en plein hiver, tentant de repérer un lagopède dont le camouflage est un tas de plumes blanches parmi des milliers de flocons blancs.

Je crois que l’un de ces voyages les plus appréciés fut celui effectué au Nunavut. Là encore, il était des plus heureux, terré au fond d’une cache avec le caméraman, à moitié gelé, en attendant l’apparition du harfang des neiges. Avait-il peur d’être le lunch d’un ours polaire ? Il racontait en riant que leur guide Charlie, allait les défendre avec son couteau de poche. « You white or what ? » est devenu le lietmotiv de ce voyage.

Bref, Roger a toujours travaillé avec intégrité et passion et sans jamais compter les heures.  Écrire, réaliser, nettoyer sa scie-à-chaîne, construire des patios et des serres, lui faisait dire : « Si ça vaut la peine d’être fait, faut que ça soit bien fait. »

Pendant son long séjour à Bellefeuille Production, Roger a réalisé des commerciaux, des vidéos corporatifs et des documentaires diffusés sur les ondes de Radio-Canada-Atlantique, RDI, TV5 (Québec-Canada) TFO, Ici Explora, CHAU-TVA, ARTV et Canal D.

  • Temps d’affaires, (163 épisodes, échelonnées sur 8 saisons)
  • Dans ma cour (12 émissions)
  • Sur la piste de noms (13 émissions)
  • Apprendre et Entreprendre (6 émissions)
  • Passion sans Entracte, Claude Roussel, Herménégilde Chiasson (2 émissions)
  • Tour de Magie avec Alain Choquette (2 émissions)
  • Amour @ haute vitesse; Migrations (avec Zachary Richard Alain Clavette). (Migrations a obtenu un Lirou d’or pour le meilleur documentaire animalier au Festival international du film ornithologique de Ménigoute, en France)
  • Macareux moine
  • Harfang des Neiges
  • La vie au sommet
  • La baie des merveilles
  • Les géants des profondeurs (tortue luth et requin pèlerin)

et, il y en aurait eu d’autres, s’il avait eu son mot à dire.


Jean-Claude Bellefeuille, Bellefeuille Production : « C’est avec énormément de tristesse et de stupéfaction que j’ai appris le décès de celui qui fût un partenaire et ami de premier plan pour presque trente-cinq ans, Roger LeBlanc. Roger et moi avons développé des dizaines d’heures de vidéos, de séries télé et de documentaires. Au fil des ans, il a toujours eu une grande loyauté et une passion hors du commun dans chacun des projets que nous avons réalisés et produits ensemble. Aujourd’hui, j’ai le cœur plein de larmes en apprenant son départ qui fût si soudain ! Toute notre équipe se joint à moi pour nous remémorer d’innombrables souvenirs qui seront gravés à jamais au plus profond de nous. »

Troisième acte : L’ornithologue ou le birder, ou celui que j’appelais  affectueusement : la réincarnation acadienne de Jean-Jacques Audubon.

Cette aventure aviaire qui allait lui donner des ailes, a commencé par une simple sortie avec son neveu, Alain Clavette. Ces quelques heures ont changé sa vie et celle de la famille à jamais. À partir du premier oiseau observé, le ciel est devenu un coffre aux trésors.

Je ne peux dire combien de kilomètres parcourus, de voyages à l’île de Grand-Manan, « d’alertes aux oiseaux rares » qui l’ont fait nous abandonner parce qu’il avait la possibilité de découvrir un « lifer ». Combien d’assiettes ont été rangées dans le frigo, ou données au chien.

Comme il était prévu, Roger a monté une ‘bibliothèque aviaire’, digne d’un centre de recherches. Doté d’une grande capacité intellectuelle, d’une curiosité sans borne, Roger assimilait à grandes lapées le contenu scientifique de ces bouquins, exemple : le fonctionnement de la troisième primaire de l’aile du goéland, ou les différences très subtiles entre les subdivisions  d’une espèce basée sur des critères morphologiques dans le cadre de l’aire géographique.

Fidèle à lui-même, Roger s’est donné corps et âme à cette nouvelle passion.

– Recensements d’oiseaux

– Recensements de hiboux

– Comptes d’oiseaux de Noël

Christmas Bird Counts (CBC BIRD COUNT)

– Compilations exigées pour les études de l’Université Cornell

– Observation de la migration au Centre d’Observation à Pointe-Lepreau.

– Contributions à Etudes d’oiseaux Canada, Canadian Bird Studies, et ailleurs.

Chaque année depuis près de 25-30 ans, il effectuait sa montée annuelle au Mont-Carlton et à Sagamook, à la recherche de la grive de Bicknell. Dans la cour, ici, il a construit et installé des cabanes pour petites nyctales, canards branchus, hirondelles bicolores et merlebleus de l’Est.

Son projet de fabrication de cabanes en céramiques réalisées par la céramiste, Gerry Collins, est destiné à venir en aide aux hirondelles à front blanc. Roger fut aussi très actif dans divers clubs de naturalistes au Nouveau-Brunswick, dont le Moncton Nature Club, le Festival de la Nature et le Club les ami.e.s de la nature du Sud-Est.

Roger a donné des conférences et animé des ateliers pour jeunes et adultes; il a guidé des sorties ornithologiques; organisé de nombreux voyages et accueillis bien des birding pals. Roger faisait aussi de la traduction parce qu’il tenait à ce que les francophones aient une place dans le monde aviaire.

En ouvrant son ordinateur, je constate ses listes d’oiseaux – vus et identifiés : Liste NB 363; Canada : 435 dont TN 68, NE 141, IPE 29, Québec 131, Ontario 189, Sask. 16, Colombie-Britannique 182; Liste Notre-Dame 107, dont 66 nicheurs; Cour Moncton 75; France 115; Cuba 115; USA 135; Jamaïque 21; Mexique 245 et Trinidad 35. Son BIG YEAR devra attendre…

Je ne comprends pas où il trouvait le temps pour suivre Le Canadien de Montréal, Blue Jays et Raptors; de passer des heures à regarder des séries télévisées et à dévorer des livres; à poursuivre la quête de la vérité dans le monde politique, tout en préparant le bois de chauffage pour l’hiver et en passant du temps avec Manu. C’en est époustouflant!

Je tiens à souligner que le nid de faucons pèlerins installé sur l’édifice l’Assomption au centre-ville de Moncton est là, en partie parce que Roger a  cru que c’était essentiel et a veillé à ‘l’installer lui-même’.

Lors de l’ouverture du Parc Gérald-LeBlanc,  Roger fut ému aux larmes en voyant les faucons pèlerins voler au-dessus de nos têtes en criant ‘Ka yak, ka yak’. Totalement magique. Païennement divin. De tous ces projets, celui-ci tenait une grande place dans son cœur et dans son âme.

Cette passion aviaire, Roger l’a partagée avec des milliers de personnes, et elle l’a accompagné jusqu’à son dernier souffle.

Le matin de son décès, Roger était tout fin prêt pour aller à la rencontre de la gente aviaire avec son enthousiasme habituel, ses jumelles et son Tilley : ses fidèles compagnons.

Le matin du trois juin 2023, Roger est parti birder dans le grand bleu.

Voici comment Roger signait ses courriels :

« Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. »

‘We don’t inherit the earth from our parents, we borrow it from our children.’

-Antoine de St-Exupéry

C’est avec amour, beauté et grâce qu’humblement, nous te disons : Au revoir.

Dyane  et Manu

Une ‘petite fête’ pour célébrer la vie de Roger aura lieu « À la vieille farme «  à Notre-Dame, en juillet.  Détails à venir.

La famille vous invite à signer un livre de condoléances au: www.funerairepassagefuneral.ca.

Les arrangements funéraires ont été confiés aux soins professionnels de la Coopérative et Centre de Crémation Passage.

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9 comments

  1. Triste nouvelle! Mes sincères condoléances à la famille et aux amis et amies proches.

  2. Dear Dyane and Manu,
    We were at the Festival of Nature waiting for Roger to lead us on a bird walk, when we discovered he had gone on ahead of us, into that great unknown! We were so shocked. And grieved. We will miss him so much for his enthusiastic love of nature. My husband, Tony Diamond, helped Roger make his film on Machias Seal Island. He was a wonderful man. May we all live like he did.

  3. Nos plus sincères condoléances à toi Dyane et à ton fils Emmanuel suite au décès soudain de ton conjoint Roger. Quel bel hommage tu lui as rendu… à travers tes mots, on a fait la découverte d’un homme qui a vécu sa vie avec passion et amour. Bon courage à vous deux et à ses proches. Amitiés, Nicole et Paul LeBlanc

  4. Nos sincères sympathies à Dyane, votre fils Emmanuel, son neveu Alain et autres proches de Roger. Un gars bien aimé qui a laisser le beau de la vie comme souvenir à nous tous.

  5. Mes plus sincères sympathies, Dyane et Manu, de votre compagne de l’Aréna, mère de Samir et amante de poésie, de la nature et des oiseaux. Quel bel hommage à Roger!

  6. Chère Dyane,
    J’ai appris en même temps le décès de Roger et qu’il était l’oncle d’Alain Clavette, à qui il avait transmis sa passion des oiseaux.
    Quel bel hommage tu lui as fait – l’hommage d’une poète, pour une vie vécue dans la poésie. Toutes mes condoléances.
    Cécilia Cormier, de Cocagne

  7. Dyane, je viens d`apprendre le décès subite de ton mari Roger. Mes plus sincères condoléances à toi et ton fils.

  8. JE VIENS SEULEMENT D’APPRENDRE LE DÉCÉS DE ROGER!
    MES SINCÈRES CONDOLÉANCES DYANE ET MANU!
    🌷

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